Plus de watts !
Rocky Mountain, marque emblématique dans le monde du VTT, s’apprête à écrire aujourd’hui une nouvelle page de son histoire. En effet, l’entreprise – en difficulté financière depuis la fin de l’année 2024 –, est passée récemment entre les mains d’un nouveau groupe d’investisseurs canadiens dynamiques dont l’ambition est de montrer que Rocky est toujours un acteur majeur de l’industrie du mountain bike. Et ça commence par une mise à jour du moteur Dyname 4 Lite qui augmente les performances de l’Instinct Powerplay SL. On a essayé ça sur le modèle Carbon 90 et on vous dit ce qu’il en est !
Par Chris Caprin – Photos : Fagerbé et Chris Caprin

Rocky Mountain Instinct Powerplay SL Carbon 90
- Usage trail / all mountain
- Roues de 29 pouces à l’avant et à l’arrière (27,5 en taille S)
- Débattement 150 mm AV et 145 mm AR
- Cadre en carbone SmoothWall (géométrie modulable)
- Reach 455 mm et Stack 618 mm en taille M, offset (déport de fourche) 44 mm
- Motorisation Dyname 4 Lite 250 watts, 70 Nm, puissance maxi 700 watts en crête
- Batterie Dyname de 480 Wh démontable et batterie additionnelle en option de 314 Wh
- Commande : Micro Remote avec console Jumbotron intégrée
- Modes d’assistance : 4 (Eco, Trail, Trail + et Ludicious) + assistance à la marche
- Réglages des paramètres : oui, directement via la console
- Pneus Maxxis Minion DHF 29×2.50 EXO + AV et Minion DHR II EXO + 29×2.40 AR
- 4tailles : 5 (XS, S, M, L, XL)
- Poids vérifié : 19,10 kg (en taille M)
- Trois modèles en carbone à 7 789, 9 795 et 12 480 € et trois en aluminium
- Prix du modèle testé : 12 480 €
- Lien : www.bikes.com
Sur le marché du VTT à assistance électrique, Rocky Mountain fait figure d’exception. En effet, contrairement aux autres marques, les Canadiens ne sont pas des assembleurs qui se contentent de fabriquer des cadres dans lesquels viendra se loger une motorisation, mais bel et bien des créateurs qui prennent en charge la conception de l’ensemble de A à Z.
C’est ce qui fait toute la différence avec les autres constructeurs et ce qui donne également toute l’originalité d’une motorisation Dyname, dont le caractère et le comportement se distinguent nettement de l’ensemble de la concurrence. Et même si, avec la version Lite du moteur S4 Pro, on revient à un schéma plus classique avec un axe de pédalier qui traverse le bloc, le concept reste le même : ne pas se voir imposer des solutions techniques qu’ils ne valident pas.







Un certain confort et une plus grande liberté qui ont un coût et qui ont certainement contribué eux aussi aux difficultés financières rencontrées par la marque l’an dernier… Heureusement, grâce à l’arrivée d’un nouveau groupe d’investisseurs, la période 2025-2026 marquera une relance stratégique, avec pour ambition de replacer Rocky Mountain en bonne place sur l’échiquier mondial du VTT.

Par la même, les nouveaux propriétaires se sont engagés à maintenir les plus hauts standards de qualité, de service et de soutien. Pour preuve, l’Instinct Powerplay SL bénéficie depuis peu d’une mise à jour qui booste sensiblement les performances du moteur.
Petit rappel…
Par rapport au moteur Dyname S4 Pro, le Lite a gagné 940 g sur la balance (2,26 kg au lieu de 3,20 kg). Une belle performance réalisée grâce à l’emploi de carters en magnésium, d’une réduction de l’axe stator/rotor qui passe de 36 à 24 mm de diamètre et d’un travail effectué sur l’ensemble de la pignonnerie interne.
Et si l’on ajoute à cela un circuit de chaîne plus simple, aidé par un axe de pédalier qui traverse désormais le bloc (mais avec toujours un passage de chaîne en point haut), on devrait ressentir beaucoup moins de frictions et forcément des performances globales plus qu’intéressantes pour un “petit” moulin qui affiche désormais 70 Nm de couple et 700 watts d’assistance maxi en crête une fois la mise à jour effectuée.
Du côté de la batterie de 480 Wh, elle est équipée en exclusivité de cellule LG, les plus performantes et les plus résistantes dans le temps selon l’avis de Rocky Mountain. Précisons que les 21 700 cellules se chargent par niveaux successifs indépendants, ce qui évitent de prolonger inutilement un afflux d’énergie néfaste pour la durée de vie de la batterie. Petite précision, pour rigidifier l’ensemble, la fixation de l’élément s’effectue à l’aide de deux vis située sur le dessous du tube diagonal.
Pour l’extraire, il suffit donc d’enlever la vis du sabot, puis celles de la batterie, de débrancher le cordon d’alimentation et enfin de tirer doucement à l’aide d’une petite sangle. A ce titre, on saluera le choix de Rocky Mountain, qui n’a pas souhaité se simplifier la vie en compliquant celle du consommateur avec un système non démontable.
Connectivité
Le système d’entraînement Dyname 4 Lite et l’affichage Jumbotron offrent la possibilité d’ajuster le niveau d’assistance et le niveau de puissance à votre style de pratique. Ils disposent également de deux profils de réglages personnalisés, pour deux pilotes ou deux styles de pratique différents. Le niveau des cinq degrés de puissance définit la sensibilité au couple, ce qui ajuste la réponse du moteur en fonction de l’effort au pédalage. Pour le même couple, plus il est élevé, moins le pilote a besoin de fournir d’efforts. A l’inverse, plus il est bas, plus il doit appuyer sur les pédales.
Sur une échelle qui part de 0 (réglage standard), il est possible de monter à + 1 ou + 2 si l’on souhaite être davantage assisté, mais aussi de descendre à – 1 ou – 2 si l’on a les jambes pour appuyer plus fort et moins solliciter le moteur en gagnant en autonomie. Enfin, le niveau d’assistance indique la puissance de sortie, soit le pourcentage de puissance fourni par le système Dyname selon le mode utilisé. Pour cela, on retrouve quatre niveaux différents permettant d’ajuster la vitesse, l’effort à fournir et la consommation d’énergie.
Réglages
Côté réglages, avec les Powerplay, ce qui est bien, c’est que l’on a pas besoin de passer par l’appli du smartphone pour accéder aux différents paramètres… Dans le même registre, il est désormais possible d’effectuer le calibrage de la motorisation via la console et avec un protocole nettement plus simple que sur les anciens modèles. Heureusement, car pour un fonctionnement optimal de l’assistance, il est important de le faire toutes les deux ou trois charges de batterie. Sinon, au bout d’un certain temps, le moteur devient plus bruyant et si l’on insiste trop, l’assistance devient irrégulière.
Sur l’Instinct SL, outre le fait de régler le niveau de puissance à l’accélération sur + 2 (sur un “light”, pour avoir un peu de répondant, je pense que c’est mieux…), pour ma part, j’ai choisi de mettre 35 % en Eco, 50 % en Trail, 75 % en Trail + et 100 % en Ludicious. Le réglage de ces paramètres, tout comme celui du pourcentage d’assistance de chaque mode, est accessible très facilement via l’écran de la console Jumbotron en naviguant et validant grâce à la commande iWoc au guidon.

Sur le terrain
L’avantage lorsque l’on descend en-dessous des 20 kg, c’est que le vélo gagne quand même énormément en dynamisme et en vélocité. Alors d’accord, l’Instinct Powerplay SL est loin d’être le premier à afficher ce genre de particularité et il n’est pas non plus le plus léger de la bande des poids plumes, mais pour un Rocky, c’est une première et ça change pas mal de choses !
A commencer par une grande capacité à pouvoir placer facilement le bike où l’on veut, sans trop faire d’efforts, ni avoir besoin d’amplifier le geste technique outre mesure. Et ça, c’est bien agréable. Donc, associé à une motorisation désormais encore plus efficace et vraiment généreuse pour un “light”, on est en mesure d’aller chercher de bonnes grosses montées techniques en s’attaquant aussi à des franchissements relativement conséquents. Bref, il y a de quoi faire…
Il faudra juste se faire au pédalier un peu bas (335 mm) en position ouverte du Ride 4, mais personnellement, vu que c’est comme ça que j’ai préféré le comportement de la suspension arrière, je m’y suis tenu en me concentrant un maximum sur le pédalage pour ne pas toucher trop souvent par terre… On y arrive à peu près, même si l’on n’est pas vraiment aidé par les manivelles en 165 (à quand des 160 et 155 chez Race Face ?) et par l’absence d’un prolongement de l’assistance lorsque l’on arrête de pédaler… J’aurais espéré que la mise à jour propose cette option, mais malheureusement, il faudra encore attendre un peu.


D’ailleurs, avec les performances accrues du moteur et les possibilités proches d’un full power qu’elles offrent en mode “Ludicious”, c’est vraiment la seule critique que j’aurais à faire sur le comportement de l’Instinct SL en montée… Il lui manque vraiment un Extended Boost – et s’il pouvait être réglable, comme chez Specialized, Shimano ou Avinox, ce serait encore mieux ! En 2025, pour les pratiquants qui aiment les parcours très techniques en VTTAE, c’est carrément indispensable.
Et dans les bonnes grimpettes difficiles, du genre de celles qui ne passent habituellement qu’avec un moteur plus puissant, j’ai été très agréablement surpris de ce qu’il était possible de faire avec ce petit moteur extrêmement vigoureux. Bien aidé par un châssis dynamique et parfaitement équilibré, avec l’assistance maxi, il est désormais possible d’emprunter quasiment les mêmes montées qu’avec un plus gros moteur… la vitesse de passage qui facilite parfois les choses en moins, cela va de soi !
Plus de watts
Comparé aux autres motorisations qui sont sorties récemment dans la catégorie des assistances légères, avec sa mise à jour, le Dyname 4 Lite est largement au-dessus des meilleurs (Bosch SX, Fazua…). Et même si le Bosch SX, possède un grand confort d’utilisation, en crête, c’est bien le Rocky qui a le plus de coffre ! Alors bien sûr, il faut aussi prendre en compte que la cadence de pédalage pour atteindre le pic le plus élevé d’assistance doit être très rapide, entre 90 et 100 tr/mn minimum. Rien de vraiment nouveau, donc, à ce niveau-là et les habitués du Dyname 4.0 ne seront pas dépaysés…

En revanche, j’ai tout de même noté que, comparé à ce dernier, avec le Lite, il est possible d’obtenir une assistance sérieuse sur les deux derniers modes sans être obligé de tourner les jambes aussi vite. Que le spectre de la cadence de pédalage est sensiblement plus large. Comme quoi, un couple moins important ne conditionne pas forcément une vitesse de jambes élevée.
Et pour le reste, il va sans dire qu’au niveau des sensations sur le terrain, le Dyname 4 SL se situe au sommet de la hiérarchie des motorisations dites “Light”. Je pense même que dans les passages raides et techniques – à condition, encore une fois, d’aller chercher la puissance maxi en crête à l’aide d’un pédalage tout en vélocité –, encore une fois il y a de quoi monter quasiment la même chose qu’avec un full power… En évoluant à son rythme et sans avoir l’ambition de suivre la cadence d’un Bosch CX en Turbo évidemment ! Quant à l’Avinox, là, impossible de rivaliser tellement il évolue – pour l’instant – dans une autre dimension.
Enfin, concernant l’aspect sonore et le feeling de pédalage, lorsque l’on connait les Powerplay, on sait que le circuit particulier de la chaîne provoque quelques petites vibrations dans les manivelles et un peu plus de bruit qu’une transmission classique… Sur le SL, lorsque la cadence de pédalage n’est pas idéale ou que l’on force dans les montées très raides sur les derniers pignons – chaîne et chape du dérailleur forcément tendues au max – c’est là que l’on s’en aperçoit le plus. Mais attention, ça reste raisonnable… Sinon, globalement, c’est plus silencieux que sur le Dyname 4 Pro des Powerplay classiques.
Autonomie
Avec la nouvelle mise à jour et mes 67 kilos, en roulant au niveau + 2 de réponse à l’accélération et en utilisant tous les modes (y compris régulièrement le “Ludicious”), je n’ai pas noté une réelle diminution de l’autonomie. C’est-à-dire qu’avec 480 Wh, en empruntant des sentiers assez raides, techniques et cassants avec du franchissement, mais aussi quelques portions plus roulantes, on se situe toujours aux alentours de 40 km et 1 200 m de D+.
Ça reste donc très correct, surtout que la batterie se vide régulièrement par rapport à certains systèmes utilisés par la concurrence. On peut donc tabler sur quasiment les mêmes chiffres sur les 50 premiers pourcents que sur les 50 derniers. Et comme les indications sur la console sont nombreuses et précises, on sait toujours où l’on en est.
Enfin, pour ceux qui en veulent toujours plus ou qui roulent tout le temps avec l’assistance maxi, je conseille la batterie additionnelle Overtime Pack, qui, pour 1,8 kg de plus, vous permettra de partir confiant avec 314 Wh supplémentaire sur un raid d’au moins 60 km et plus de 1 700 m de dénivelé positif !

Qu’en penser ?
Avec l’Instinct Powerplay SL et sa nouvelle mise à jour, on a la vision très personnelle de Rocky à propos du VTT à assistance légère qu’il est bon aujourd’hui pour une marque d’avoir dans sa gamme. A savoir une motorisation qui a un sacré coffre et permet d’affronter plutôt sereinement les obstacles les plus difficiles que l’on rencontre en vrai tout-terrain. Tout cela avec un poids du vélo en-dessous des 20 kg qui permet de bénéficier d’un bike encore plus maniable et sympa à rouler que la version full power de l’Instinct… A la base, on a donc quelque chose de plutôt sympa.
Seul petit problème avec l’arrivée de l’Amflow à 20 kg équipé du moteur Avinox, on peut dire qu’aujourd’hui, la donne a changé. Que ce soit au niveau du tarif, du type de vélo (all mountain) ou du poids, on est relativement proche. Mais si la qualité du carbone et le comportement du bike sur le terrain jouent clairement en faveur de Rocky, côté moteur, en revanche, le chinois reste de loin le plus performant.
D’un autre côté, avec ses performances revues légèrement à la hausse, l’Instinct Powerplay SL est à l’heure actuelle le VTT à assistance légère le plus efficace du marché. Cela suffira-t-il à booster un peu les ventes ? C’est tout le mal que l’on souhaite à Rocky Mountain pour son nouveau départ.
La gamme Rocky Mountain Instinct SL 2025
Elle se compose de trois modèles en carbone : le Carbon 90 à 12 500 euros, le Carbon 70 à 9 700 euros et le Carbon 50 à 7 700 euros.
On en trouve aussi trois autres avec cadre en aluminium équipés de suspension RockShox : le 70 BC Edition à 7 800 euros, le 50 à 6 500 euros et le 30 à 5 500 euros…










