Test du Scott Patron eRide 900 Tuned

Totale intégration

Avec son look futuriste semblant tout droit sorti du décor d’un film de science-fiction, on n’était pas loin de le prendre pour un concept-bike, voire pour un VTT de salon. Il faut dire qu’avec son intégration poussée à l’extrême, on était en droit d’émettre quelques réserves sur le fonctionnement de l’engin en tout-terrain… De se demander si le Scott Patron eRide avait bien sa place dans les sentiers. Après 1 000 bornes effectués à son guidon, la question ne se pose plus. On vous explique tout ça en détail dans cet essai longue durée.

Par Chris Caprin

Scott Patron eRide 900 Tuned

  • Usage Trail / All mountain
  • Roues de 29 pouces à l’avant et à l’arrière
  • Débattement 160 mm AV et AR
  • Cadre en carbone, bases en aluminium
  • Reach 445,8 mm et Stack 642,2 mm en taille M, offset (déport de fourche) 44 mm
  • Motorisation Bosch Performance Line CX Gen4 250 watts, 85 Nm
  • Batterie Bosch Powertube intégrée de 750 Wh
  • Console et commande : Bosch Kiox 300 et LED
  • Modes d’assistance : 4 (Eco, Tour +, e-MTB et Turbo) + assistance à la marche
  • Réglages : oui, avec l’application e-Bike Flow
  • Pneus Maxxis Dissector EXO + 29×2.60 (AV et AR)
  • tailles (S, M, L, XL)
  • 5 modèles à 6 299, 6 999, 7 999, 8 999 et 11 999 €
  • Prix du modèle testé : 8 999 €
  • Poids vérifié : 23,62 kg (sans pédales, en taille M)
  • Lien : www.scott-sports.com

Lorsque l’on jette un œil sur les images du Scott Patron eRide, on ne peut que saluer la réussite du design et le travail effectué par les concepteurs de ce VTTAE complètement inédit et novateur. On note immédiatement que l’accent a été mis sur la polyvalence, avec un débattement de 160 mm à l’avant comme à l’arrière, mais aussi une géométrie complètement nouvelle qui devrait nous donner un vélo à la fois performant en descente et en montée.

C’est en tout cas ce que cherche à nous vendre la marque suisse, qui nous promet un petit enduro qui pédale, franchit et grimpe aussi bien qu’un modèle de X-country ! Reste que, quand on observe les chiffres, on est bien obligé d’avouer que les cotes du Patron eRide sont bien plus alléchantes que celles de son grand frère, le Genius… En effet, avec un angle de fourche de 65°, des bases raccourcies à 454 mm et une hauteur de boîtier de pédalier de 347 mm, le tout associé à un triangle avant plutôt compact aux dimensions dans l’air du temps, tout cela nous laisse penser que le comportement sur le terrain du Patron sera encore plus sympa que celui du… Genius ! Dans la bagarre, on perd juste le Flip Chip, mais en revanche, on conserve un montage en roues de 29 pouces à l’avant comme à l’arrière.

Et si le reach n’est pas énorme (445,8 mm en taille M), avec une potence de 50 mm pour un empattement de 1 231 mm, un angle de fourche plutôt ouvert de 65° et un tube de selle assez droit à 76,9°, même en taille M, avec 1,80 m, on est bien posé. Sur le papier, c’est clair, on devrait avoir affaire à un vélo vif.

Autrement, comme sur toute la gamme Patron, on trouve des bases de 454 mm (une vraie nouveauté chez Scott !), et avec une hauteur de boîtier de pédalier très raisonnable de 347 mm et des manivelles de 165 mm de long, la stabilité s’annonce bonne sans pour autant avoir les pédales qui touchent par terre trop souvent.

Totale intégration

Si la câblerie et le faisceau électrique bénéficient d’un passage soigné en interne qui prend naissance dès la potence spécifique et le jeu de direction Syncros (on est bien loin du bouquet de gaines dont on se moquait dans le passé et c’est tant mieux…), désormais, l’amortisseur est également intégré à l’intérieur du tube supérieur. Cette nouveauté n’est pas seulement un caprice de designer, c’est aussi le moyen de donner plus d’espace aux autres éléments, comme le moteur et la batterie, mais également de laisser suffisamment de place pour le montage d’un bidon et son porte-bidon. Rien ne dépasse, c’est propre, les biellettes sont parfaitement ergonomiques et l’on retrouve même le système TwinLoc de blocage des suspensions au guidon.

Dans le même esprit pratique et novateur, la nouvelle batterie Bosch de 750 Wh est non seulement parfaitement intégrée dans le tube diagonal en carbone, mais en plus, elle bénéficie d’un système à “double tube”… Celui-ci permet un maintien optimal de la batterie dans son logement, tout en facilitant le glissement interne lorsque l’on doit la remettre en place. Notez que cela n’affecte pas les proportions du tube principal, qui reste d’un gabarit raisonnable en dépit des 20 % de capacité supplémentaire de la batterie.

Enfin, cerise sur le gâteau, ce double tube interne aide à un passage encore plus soigné de la câblerie et du faisceau dans cette partie du cadre.

Composants

Du côté des accessoires, en faisant abstraction des suspensions dont on reparlera plus loin, on a déjà un panachage Shimano/Sram, avec des freins XT en disques de 203 mm et une transmission XO1 Eagle 12 vitesses. Peut-être l’ensemble le plus cohérent, le plus robuste et le plus précis à l’heure actuelle sur un VTTAE. En effet, en plus de 1 000 bornes, nous n’avons jamais rencontré le moindre problème, ni d’un côté, ni de l’autre. Même remarque concernant la tige de selle télescopique Fox Transfer…

On trouve aussi tout un assortiment d’accessoires Syncros, avec, par exemple, un combo cintre/potence Hixon carbone de 50 mm de longueur et 780 de largeur, mais aussi un petit garde-boue sympa qui se fixe sur les points d’attache de la Fox 38 et une paire de roues avec jantes en alu plus que correcte. En revanche, j’ai nettement moins aimé la selle Tofino 1.0, qui, non contente d’être inconfortable, est beaucoup trop compact et plate (sans dosseret à l’arrière) pour une utilisation sportive. En VTTAE, on roule davantage assis et on a besoin d’être bien calé dans les montées très raides que l’on peut se permettre d’aller chercher… Ce n’est pas la première fois que je le dis, mais ce modèle n’est définitivement pas adapté à cette nouvelle pratique !

Pour les pneumatiques, avec le Patron, Scott joue la carte du gain de poids et le choix de la polyvalence roulante en choisissant des Maxxis Dissector EXO + en 2.60 à l’avant comme à l’arrière. C’est un peu léger dans les cailloux du Sud et ça manque de grip (surtout à l’avant), mais en faisant un peu gaffe, ça passe…

Enfin, ajoutons que le Scott Patron eRide 900 Tuned bénéficie d’un câblage de l’éclairage Bosch avant et arrière préinstallé… Le petit garde-boue arrière Syncros est muni de deux lumières rouges et pour le phare, il suffit de s’en procurer un et de le brancher au niveau de la potence. Facile et pratique.

Suspensions

Avec une fourche Fox 38 Factory Kashima Fit4 en 160 mm de débattement, Scott joue la carte du haut de gamme et, surtout, choisit la rigidité et la robustesse plutôt que le gain de poids. Bien.

Pour la suspension arrière, Twin Loc oblige, le choix s’est forcément porté sur un amortisseur Fox Nude T en 160, qui, une fois bien réglé, nous a donné entière satisfaction. Par la suite, hormis un léger affinage du rebond, je n’ai pas eu à y revenir et c’est tant mieux. En effet, si l’action de masquer l’amortisseur lui évite de subir les projections de boue et d’eau et prolonge ainsi sa durée de vie, pour ce qui est des réglages en revanche, l’accès est nettement moins pratique… Quoi qu’il en soit, cette suspension arrière s’accorde aussi parfaitement au caractère du vélo et au fonctionnement de la fourche. On pourra juste reprocher un manque de grip et de sensibilité sur les petits chocs de la 38 Factory en raison de la cartouche différente (le blocage Twin Loc impose le montage d’une Fit4 à la place de la Grip2)… Une habitude chez Scott, qui – sur les VTTAE en tout cas –, nous fait dire que le mieux est indéniablement l’ennemi du bien.

Et puisque l’on en est aux réglages, pour une pratique enduro dans le Sud-Est de la France et un pilote de 70 kilos, voici ceux qui m’ont donné entière satisfaction…

Fourche Fox 38 Factory Kashima Fit4 160

• 2 tokens

• 80 psi pour un Sag entre 25 et 30 %

• Compression basses vitesses : – 12 du plus fermé (sur 18 clics)

• Blocage TwinLoc : ouvert

• Rebond : – 14 du plus fermé (sur 16 clics)

Amortisseur Fox Nude T Factory Kashima 160

• 155 psi pour un Sag d’environ 30 %

• Blocage TwinLoc : ouvert

• Rebond : – 6 du plus fermé (sur 14 clics)

Moteur et batterie

L’application eBike Flow est désormais en connexion centralisée avec tous les composants du VTTAE. Ainsi, des fonctions nouvelles peuvent être téléchargées directement par des mises à jour disponibles sans avoir à passer par l’intermédiaire d’un revendeur comme c’était le cas jusqu’ici. Après l’achat, avec le nouveau logiciel intelligent de Bosch, votre vélo et surtout sa motorisation pourront évoluer constamment et s’enrichir ainsi de nouvelles fonctions et services numériques en fonction des progrès technologiques réalisés. Comme par exemple, en premier lieu, un traçage antivol. Puis, plus tard, un appel à l’aide en cas d’urgence… Sans parler de la recharge automatique sur borne, des avertissements concernant la circulation, de la prise de rendez-vous en ligne chez votre vélociste ou du freinage ABS !

De même, ce système intelligent permettra une personnalisation continue et régulière de votre VTTAE. Des fonctions telles que le réglages individuel des différents modes d’assistance dans la nouvelle application eBike Flow ne sont qu’un exemple parmi tant d’autres… 

Sachez également que les anciens composants n’ont pas été oubliés pour autant, puisque des mises à jour pour les consoles Nyon et pour le mode Tour + sont désormais effectives. Et dans un avenir proche, les anciens composants Bosch que nous connaissons (batteries, groupes propulseurs et certaines consoles) seront également disponibles avec le Smart System.

La commande LED Remote

Véritable centre de contrôle entièrement connecté, la commande LED Remote peut être utilisée facilement et intuitivement avec le pouce. A condition de s’y habituer et de savoir où l’on met les doigts, quand même, hein, l’ensemble étant tout de même plutôt chargé… Surtout avec la manette Twin Loc et celle de la tige de selle télescopique qui occupent déjà bien l’espace du côté du pouce gauche ! La commande indique également le mode d’assistance utilisé de manière simple et beaucoup plus claire.

La LED Remote est aussi complètement autonome et permet à elle seule de contrôler le système et d’afficher les informations les plus importantes concernant le VAE, comme l’état de charge de la batterie ou le mode d’assistance utilisé, par exemple… Elle peut donc s’avérer suffisante pour ceux qui ne désirent pas avoir leur guidon “encombré” par une console trop voyante ou trop exposée.

En effet, contrairement à la vieille console en noir et blanc minimaliste Purion que l’on trouvait majoritairement jusqu’ici sur les VTTAE équipés de la motorisation Performance Line CX, sur la LED, les différents modes sont indiqués par quatre couleurs (Eco vert, Tour + bleu, eMTB violet et Turbo rouge). Quant au niveau de batterie, il s’échelonne désormais par palier de 10 %. En clair, lorsque l’on perd la première des cinq diodes, celle-ci ne s’éteint pas mais change de couleur en passant du bleu au blanc… Ce qui signifie qu’il reste 90 % d’autonomie. Et lorsqu’elle disparaît complètement et qu’il n’y en a plus que quatre, on est à 80 %. Ainsi de suite jusqu’à la dernière, sauf qu’à 30 %, les diodes passent à l’orange, puis au rouge sur les 10 derniers pourcents. Pratique pour savoir vraiment où l’on en est sans la console, qui, elle, indique l’autonomie au pourcent près.

La console est aussi connectée à l’application eBike Flow par Bluetooth et donc aussi à Internet. Ses boutons plus, moins, gauche et droite permettent de naviguer sur l’écran Kiox 300 et de commander les différentes fonctions.

L’écran Kiox 300

Tout nouveau, il offre un look épuré sur le guidon et est parfaitement lisible dans toutes les situations, de jour comme de nuit. L’écran affiche toutes les données de fitness importantes pour optimiser son entraînement. Grâce à des mises à jour régulières, le Kiox 300 restera toujours à la pointe de la technologie. Il possède un écran couleur contrôlé sans bouton par la commande LED et est connecté à l’application eBike Flow. Grâce au support d’affichage, le Kiox 300 peut être positionné de manière flexible sur le guidon et s’adapter aux besoins de chacun et aux contraintes que l’on rencontre en tout-terrain. A ce titre, le support logé à l’intérieur du top tube demeure quand même la solution idéale en terme de protection des chocs.

L’écran d’accueil permet également de visualiser la distance totale parcourue lors de la sortie et sa répartition entre les différents modes d’assistance.

La batterie PowerTube 750

Cette nouvelle batterie promet de rallonger vos sorties les plus exigeantes. Elle était attendue avec impatience par tous les amateurs de randonnées longue distance. Avec ses 750 Wh, elle représente l’autonomie maximale au sein de la gamme actuelle de batteries pour VAE chez Bosch. La puissante batterie lithium-ion s’intègre parfaitement à l’intérieur du tube diagonal du vélo. Grâce à une densité énergétique particulièrement élevée, elle se distingue par un poids de 4,4 kg plus que raisonnable pour une telle autonomie. Avec le chargeur 4A, la PowerTube 750 peut être rechargée à moitié en deux heures et demie et à bloc en six heures environ.

Bien sûr, toutes ces nouveautés sont couplées au moteur Performance Line CX Gen4 que l’on connaît bien. Avec son couple maximal de 85 Nm, son système Extended Boost qui poursuit l’assistance une fraction de seconde après l’arrêt du pédalage et son mode Tour + qui permet de privilégier l’autonomie, il bénéficie désormais de la possibilité – via l’application eBike Flow – de paramétrer la force de l’assistance, la dynamique, la vitesse maximale et le couple maximal sur les modes Eco et Turbo uniquement… C’est toujours ça de pris, mais on en attendait davantage.

Connectivité

Intelligente, personnalisable et tournée vers l’avenir, l’application eBike Flow est l’outil de connexion avec votre futur VTTAE équipé d’une motorisation Bosch. La clé qui vous fera pénétrer dans le monde du vélo connecté. Les mises à jour en direct permettront d’améliorer sans cesse l’expérience d’utilisation grâce à de nouvelles fonctionnalités innovantes. Avec cette application, les modes d’assistance peuvent être réglés individuellement, les activités enregistrées de manière totalement automatiques et les applications de remise en forme de type Apple Health peuvent également être intégrées.

Dans le cadre du perfectionnement technique des composants que l’on trouve sur les vélos à assistance électrique, on peut s’attendre à de belles optimisations dans les années à venir…

Seul petit bémol : le délai imposé par Bosch pour que l’on puisse bénéficier de toutes les options proposées. Alors que le Smart System nous a été présenté en septembre 2021, sur les premiers VTTAE qui en sont équipés, celui-ci ne permet toujours pas de faire les diverses mises à jour sans passer par la case revendeur, ni d’avoir toutes les possibilités de paramétrages (option manivelle courte ou longue sur l’eMTB, choix entre le Tour ou le Tour +, Tour réglable…). A ce niveau et même si la marque nous a toujours habitués à attendre un “certain temps” avant de mettre un produit sur le marché, je trouve la “prudence” de Bosch un peu exagérée.

Sur le terrain

Prise en main

Comme ce fut déjà le cas il y a plus d’un an pour l’essai du Genius eRide Tuned, j’ai d’abord eu un peu de mal avec l’ensemble cintre/potence qui n’autorise pas les réglages d’inclinaison et qui nécessite un temps d’adaptation. Au début, ça choque un peu, mais au bout de quelques sorties, on s’y fait et finalement, j’ai bien aimé. Au niveau du poste de pilotage, j’aurais juste préféré des poignées lock-on un peu moins fines… et une selle plus confortable !

Mais sinon, on se sent bien. Le vélo prend facilement de la vitesse – et la garde, même en mode Eco –, ce qui prouve son dynamisme et ses qualités de rouleur. En tout-terrain, même sur les portions roulantes, le Patron eRide étant suffisamment rigide, il n’est pas utile de bloquer le Twin Loc pour figer les suspensions. Ce qui confirme le côté inutile de cette option sur un VTTAE… Il ne faut pas se tromper, on n’est pas sur un XC ou un XC marathon sans moteur !

Autrement, les réactions sont bonnes, pas besoin de forcer le geste outre mesure dans les évolutions techniques et après quelques petits réglages de base, les positions de pilotage et de pédalage se sont révélées au top niveau. En gros, mis à part le réglage des suspensions et le placement de la selle sur le chariot, je n’ai touché à rien du tout… Surtout pas au Twin Loc, qui, outre le fait de surcharger le nombre de manettes et de commandes au pouce gauche, n’est vraiment d’aucune utilité sur un VTTAE en général et sur ce Patron en particulier !

Finalement, ce n’est qu’après deux ou trois sorties de prise en main que j’ai décidé de changer le pneu arrière pour un Maxxis Dissector Double Down en 2.40 (la motricité et le confort s’en ressentent de manière radicale, surtout dans les pierres du Sud), mais également de monter une bonne petite selle Ergon E-MTB perso (là, c’est carrément mon postérieur qui m’a dit merci !)… Franchement, je dois bien l’avouer, moi qui passe quand même beaucoup de temps sur les vélos de test, avec ces deux modifications seulement, ça change pas mal de choses. Du moins sur ce vélo tout en carbone, qui, en devenant nettement plus confortable tout en offrant davantage de motricité et de confort, réagit bien mieux sur les cassures de terrain et les pertes d’adhérence dues aux pierres roulantes. Côté sensations de pilotage, c’est carrément tout bénéf’ !

Comportement du moteur

Après une période de rodage de quelques centaines de kilomètres qui permettent au moteur de se libérer complètement et de donner son plein potentiel (chez Bosch, c’est important d’en tenir compte), j’ai pu apprécier à sa juste valeur ce nouveau Smart System. Déjà, quel plaisir de pouvoir enfin profiter d’un mode Eco qui sert à quelque chose ! Qui ne se résume pas à compenser (et encore, à peine), l’inertie d’un vélo qui pèse deux fois plus lourd qu’un modèle sans assistance. Non, là, on peut vraiment rouler en Eco relativement souvent sans avoir l’impression de se traîner lamentablement. 

En montant les curseurs à fond, on ne tape pas outre mesure dans la batterie, mais on dispose tout de même de suffisamment de puissance pour rouler en tout-terrain facile, y compris quand ça monte un peu, mais pas trop. Après, dès que ça grimpe davantage et que ça devient technique, il faut carrément zapper le Tour + et passer en eMTB. En effet, comme je l’ai déjà expliqué, ce Tour + ne m’a vraiment pas emballé et j’attends avec impatience la future mise à jour qui permettra – je l’espère – de revenir au Tour classique, bien plus efficace dans les montées où le dénivelé n’est pas énorme, mais où les obstacles, en revanche, demandent d’avoir plus de puissance au coup de pédale pour espérer les franchir sans encombre… et sans aller chercher l’eMTB, voire le Turbo.

Et puisque l’on parle du Turbo, réglable lui aussi, afin de bénéficier d’un maximum de watts quand j’en ai besoin, j’ai poussé aussi les curseurs à fond… Cela permet d’attaquer de longues pentes bien techniques et bien raides en conservant de la marge sur les obstacles les plus difficiles grâce à une vitesse de jambes différente, plus axée sur la vélocité et l’équilibre que sur la puissance ou une cadence élevée du pédalage. Hormis, bien sûr, quand il n’y a plus d’autres choix que de se mettre debout sur les pédales si l’on veut éviter l’arrêt de progression ! Il y a un coup à prendre, c’est sûr, mais une fois que l’on a assimilé cela et que l’on maîtrise vraiment le Turbo et la façon de s’en servir, il est clair que c’est bien le moteur Bosch qui possède le plus de puissance et offre la possibilité au pilote d’aller encore plus haut dans la pente et de repousser davantage ses limites. En tout cas, l’expérience m’a paru extrêmement positive, avec un ensemble partie-cycle/motorisation qui donne au Scott Patron eRide un potentiel en montée carrément impressionnant.

Autonomie

Le Scott Patron eRide 900 Tuned est un VTTAE plutôt dynamique doublé d’un excellent pédaleur. Si l’on décide d’utiliser un petit peu d’Eco, beaucoup le mode e-MTB et le Turbo quand c’est nécessaire, on peut tabler sur plus de 70 km, 1 450 m de dénivelé positif et pas loin de 4 heures de roulage. Tout cela sur des sentiers techniques et avec un pilote de 70 kilos.

Niveau pratique, lorsque l’on arrive sur les 30 derniers pourcents de batterie, le nouveau système Bosch ne vous prendra pas au dépourvu. En effet, la console Kioxx 300 vous prévient de ce qu’il vous reste et réitère l’alarme visuelle à 20 et 10 % restants. De plus, l’assistance reste optimale jusqu’au bout et ne se met pas automatiquement en mode “survie”… Donc si vous êtes un peu juste, c’est à vous d’anticiper et de choisir le mode qui vous permettra de rentrer en évitant de trop taper dans ce qu’il vous reste de batterie.

Enfin, une fois le dernier pourcent utilisé, la console vous indique que vous êtes en “réserve légère”, ce qui veut dire qu’en gros, il vous reste de quoi faire un petit kilomètre en mode Eco.

Précisons enfin que la prise de recharge est différente des anciens modèles et qu’il est impossible de connecter un ancien chargeur sur le nouveau système… Dommage !

À la montée

Il a beau avoir 160 mm de débattement à l’avant comme à l’arrière, il n’empêche que le Patron se comporte davantage comme un gros VTTAE de trail que comme un petit enduro… C’est ce qui fait son originalité et c’est aussi ce qui lui permet d’être particulièrement efficace au pédalage et très à l’aise en montée. Avec un cadre en carbone très rigide, mais pas inconfortable pour autant, il profite de ses roues de 29 pouces avec jantes en aluminium pour offrir à son pilote une précision dans la trajectoire et une facilité à survoler les petits obstacles. Seulement, ce n’est pas tout…

Grâce à son dynamisme, sa nervosité et son excellente motricité, le Patron s’en sort tout le temps avec les honneurs. Et ce, quel que soit le type de terrain rencontré. Sur le sec, dans la pierraille instable ou dans le gras et la roche humide, j’ai été réellement bluffé par le grip du vélo. La réaction de la suspension arrière (sans utiliser le blocage Twin Loc, je précise) est optimale pour la pratique du VTTAE sportif et en dépit d’un pneu arrière Maxxis Dissector un peu dur en gomme, ça accroche grave !

Tout cela allié à une motorisation à la fois puissante (Turbo) et gorgée de couple (eMTB), on n’est pas loin du combo parfait. Dans l’esprit, on est même assez proche du Mondraker Crafty Carbon XR que j’ai beaucoup aimé lors d’un test récent… Avec toutefois un côté plus compact et un peu moins “gros vélo”.

En tout cas, sur ces deux VTTAE équipés de la nouvelle batterie Bosch de 750 Wh, le surcroît de poids ne gêne absolument pas les évolutions techniques et même si le Scott demande légèrement plus d’effort lorsqu’il s’agit de lever la roue avant sans donner de coup de pédale, ça reste très raisonnable…

Pour être plus précis, je dirais que les bases plus courtes du Patron par rapport à celles du Genius eRide lui donnent une vivacité largement supérieure, sans pour autant le condamner à des velléités de cabrages intempestifs dans les montées les plus raides et les plus sinueuses. La répartition des masses est donc extrêmement réussie et l’équilibre général dans le dénivelé positif plus que satisfaisant.

Et encore une fois, le gabarit raisonnable du Patron en taille M lui procure un comportement assez incroyable dans les montées avec virages serrés où il n’est absolument pas nécessaire de se battre avec le vélo pour se faufiler d’une épingle à l’autre. Facile à placer, précis et stable, en Turbo, c’est le roi de la montée impossible… Ou tout du moins l’un des meilleurs dans ce genre de défi particulièrement apprécié par les pratiquants du VTT à assistance électrique !

En descente

Si l’on constate rapidement que le Patron est légèrement moins maniable en descente qu’en montée, ça reste toutefois très convenable… Et même s’il faut parfois accentuer le geste et forcer un peu pour l’aider à virer dans les passages sinueux, globalement, le bike est loin d’être un camion ! Au contraire, avec son triangle avant compact et bien équilibré (la position du moteur dans le berceau du cadre y fait pour beaucoup), le Patron offre un compromis intéressant qui le rend à la fois précis, sécurisant et confortable – surtout pour un carbone chaussé de pneus à gomme dure avec une hauteur de crampons limitée sur les trois quarts de la surface. C’est l’avantage des 160 mm de débattement, qui, sans pour autant en faire un VTTAE d’enduro – loin de là – permettent au Scott Patron de rester très à l’aise en descente. Petit bémol toutefois, il ne faut pas chercher à trop le brusquer ou vouloir attaquer à outrance. Car à ce moment-là, le bike avoue quelque peu ses limites et on s’aperçoit très vite qu’il n’est pas fait pour ça… Que son côté plus trail/all mountain convient nettement mieux à un pilotage propre et coulé qu’à une attitude nerveuse et agressive au guidon.

Mais une fois assimilé ce trait de caractère, on se prend au jeu de la finesse et du bon choix de la trajectoire en dévalant les pentes à une belle vitesse quand même. tout cela en respectant le terrain et le programme du vélo, bien sûr. Comme je le disais souvent à mes potes en roulant avec le Scott : « Dans la vie, inutile de trop lutter… A la fin, c’est toujours le Patron qui gagne ! ». Et en s’adaptant, c’est finalement plutôt agréable. De plus, cela permet au Patron de ne pas venir marcher sur les plates-bandes du Ransom eRide, le véritable VTTAE d’enduro de la gamme Scott.

Bon, après, j’avoue que la hauteur réduite et le manque d’accroche des crampons (même en latéral et surtout à l’avant), m’ont incité à changer pour du Maxxis Assegai (AV) et du Dissector Double Down (AR)… C’était le minimum pour évoluer en toute confiance sur mes sentiers cassants et pierreux du Var pendant plus de 1 000 kilomètres. Au bout du compte : davantage de confiance sur l’angle, une motricité encore accrue, un freinage encore plus efficace et… pas une seule crevaison. Tout bénèf’ ! Et puisque je parle des freins, impossible de ne pas souligner la qualité des Shimano XT 4 pistons en disque de 203 mm… Incroyablement fiables quelle que soit la durée de la descente, mais aussi suffisamment puissants et progressifs pour arrêter la machine sans forcer outre mesure sur les leviers, ils cochent vraiment toutes les cases – y compris sur un vélo de 24 kilos.

Du côté des suspensions, c’est un peu moins bien en descente également et si la géométrie est plutôt réussie, avec une cinématique de suspension qui fonctionne correctement, en revanche, la fourche Fox 38 Factory n’a malheureusement pas l’onctuosité et la progressivité qu’on lui connaît habituellement avec la phénoménale cartouche Grip2. C’est ce qui est dommage avec le Twin Loc et sa cartouche spécifique Fit4. A mon avis, sur un VTTAE, on y perd plus qu’on y gagne… surtout en ne se servant jamais du blocage !

En voulant jouer à fond la carte du VTT à assistance électrique typé Trail (mais avec 160 mm de débattement blocable à l’avant et à l’arrière), je pense que les ingénieurs de chez Scott – sans se perdre – ont peut-être voulu pousser le bouchon un peu loin. Résultat : s’il reste quand même polyvalent, le Patron eRide 900 Tuned aurait pu l’être encore davantage en effectuant quelques choix différents au niveau des composants. Mais bon, je pinaille un peu car en toute franchise, rien qu’en changeant les pneus, on n’est pas loin de ce qui se fait de mieux dans le genre all mountain bon à tout faire…

Points forts / points faibles

Points forts

+ Look original

+ Vivacité

+ Maniabilité en montée

+ Grimpeur hors pair

+ Rigidité

+ Bosch Smart System

+ Rendement

+ Autonomie

Points faibles

Pneus un peu légers

Selle inadaptée et inconfortable

Twin Loc inutile

Trop de commandes au pouce gauche

Qu’en penser ?

Avec son look futuriste et son intégration poussée à l’extrême, le Scott Patron eRide 900 Tuned attire forcément le regard du néophyte comme celui de l’amateur averti. Clairement, qu’on aime ou pas, c’est un VTTAE qui ne peut pas laisser indifférent. En tout cas, il faut saluer le travail des ingénieurs et des designers qui ont bossé sur cette machine hors normes. Mais ce n’est pas tout.

Personnellement, sur le terrain, là où j’ai préféré le Patron, c’est dans les montées techniques et les franchissements. C’est là qu’il m’a le plus impressionné avec sa facilité à passer la plupart des obstacles comme si de rien n’était. Vif, maniable et incroyablement précis, il fait sans conteste partie des meilleurs grimpeurs dans sa catégorie. Un cador de la montée impossible !

Et en descente, même s’il a un faible quand ça va vite et qu’il faut prendre de l’angle dans de grandes courbes en dévers – merci l’excellente répartition des masses et les roues de 29 pouces –, il ne s’en sort pas si mal dans les sentiers sinueux, cassants, voire trialisants. Tout cela en conservant une belle précision dans la trajectoire et une stabilité plus que convenable quand il s’agit de lâcher les freins sur des passages défoncés.

Bref, si au départ on a pu l’imaginer un peu plus polyvalent que ce qu’il est réellement, j’avoue que globalement, l’ensemble m’a bougrement séduit. Un VTTAE de salon qui se comporte aussi bien à la campagne, on n’en croise pas tous les jours !

Vis-à-vis de la concurrence ?

Dans la famille des VTTAE en carbone avec roues de 29 pouces, polyvalent et aussi à l’aise en montée qu’en descente, on pense forcément au Rocky Mountain Instinct Powerplay Carbon 90 BC à 8 899 euros. Avec un peu moins de débattement que le Patron, le Rocky n’en est pas pour autant largué en descente, loin de là !

Un peu plus cher, mais équipé lui aussi du même système Bosch, d’une batterie de 750 Wh et d’une paire de roues de 29 pouces, le tout nouveau Mondraker Crafty Carbon XR à 9 999 euros est forcément un autre concurrent tout désigné de notre vélo de test. Vraiment très proche, mais en un peu plus confortable. Comme le Patron, c’est un VTTAE full carbone très bien équipé, hyper polyvalent, particulièrement bien fini et plutôt original dans le design également.

Enfin, puisqu’avec le Patron eRide 900 Tuned, Scott joue la carte du vélo léger, sportif, haut de gamme et bon pédaleur, impossible de ne pas lui mettre en face le Specialized Turbo Levo Carbon Comp à 8 500 euros… Bien sûr, le Spé est monté en 29/27,5 pouces, mais globalement, on est quand même sur le même profil très polyvalent. Et c’est à mon avis une véritable référence…

La gamme

Le Scott Patron eRide se déclinera en 7 versions différentes, 5 pour les hommes, 2 pour les femmes.

Les deux Patron eRide Contessa 910 et 900 sont affichés respectivement au tarif de 5 999 et 7 999 euros. Les 2 000 euros de plus se justifiant par des composants plus haut de gamme (Fox Performance, transmission et freins Shimano XT…).

Du côté des modèles hommes, la gamme commence avec le Patron eRide 920 (5 999 €) et se termine avec l’Ultimate en Fox 38 Kashima, transmission Sram Eagle XX1, freins XTR et roues DT Swiss carbone (10 999 €).

A milieu, avec des accessoires plus ou moins haut de gamme (RockShox Domain, Fox 38 Performance ou Factory, transmission et freins Shimano XT ou MT 520, roues basiques ou Syncros carbone…), le 910 (6 599 €), le 900 (7 699 €) et le 900 Tuned de cet essai représentent le cœur de marché pour ce type de VTTAE.

Embarquement immédiat avec Chris au guidon du Scott Patron eRide 900 Tuned !

    1. Salut !
      Non, pas possible… Mais bon, avec le Smart System Bosch et la nouvelle batterie de 750 Wh, il y a vraiment déjà de quoi faire et je ne vois pas trop l’intérêt. A +

  1. Je confirme le test a 100% j’ajouterai juste un bémol, après 600km majoritairement de dfci sur mon patron 900, le cadre est très sensible aux petites pierres volantes …. Un bon sabot de protection semble indispensable et pourtant personne ne le propose encore

  2. Bonjour Chris ,
    Je te site :Après une période de rodage de quelques centaines de kilomètres qui permettent au moteur de se libérer complètement et de donner son plein potentiel (chez Bosch, c’est important d’en tenir compte).
    Y a t il une maniere , une methode pour roder le moteur Bosch ?

    1. Salut Pierre,

      Non, il n’y a rien de spécial à faire… C’est juste que, selon les marques, les tolérances de jeu ne sont pas tout à fait les mêmes…
      Par conséquent, chez Bosch, mais aussi chez Shimano, il suffit de faire des bornes en utilisant tous les modes et une fois passés quelques centaines de kilomètres, on sent que ça se libère et que ça assiste un peu mieux.
      Ce n’est pas énorme, mais ça se sent et ça rend le moteur plus agréable !
      A +

  3. Merci pour le test! Attention avis très subjectif: Je trouve finalement que ce design en full intégration est tout sauf épuré. C’est plutôt visuellement très lourd et pas très harmonieux… C’est quand même bien d’essayer de bousculer les codes!
    More is less…

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