Le Levo met le Turbo !
Après plusieurs années de bons et loyaux services, il était temps pour Specialized de nous présenter le successeur de son Turbo Levo Gen3… Logiquement et simplement dénommé le 4, le modèle phare des VTTAE de la marque au grand S évolue de manière douce si l’on s’en tient au visuel, mais se voit remanié en profondeur lorsque l’on parle de performances. En effet, outre un moteur maison nettement plus puissant et gorgé de couple, on constate également que Spé ne s’est pas endormie non plus sur la qualité de la partie-cycle… Finition exemplaire, amortisseur et suspension arrière en forte progression, géométrie polyvalente et réussie, il y a tout pour plaire ! Au niveau de la motorisation, mais aussi du côté du châssis, on peut donc dire que dans sa dernière version, le Levo met le Turbo ! On vous explique le pourquoi du comment dans cet essai complet…
Par Chris Caprin – Photos : Chris Caprin et Fagerbé

Specialized Turbo Levo 4 Expert Carbon
- Usage all mountain/enduro
- Roues de 29/27,5
- Débattement : 160 AV et 150 AR
- Cadre en carbone
- Reach 455 mm et Stack 626 mm en taille S3, offset (déport de fourche) 44 mm
- Motorisation Specialized 3.1 250 watts, 101 Nm et 666 watts de puissance maximum
- Batterie Specialized 840 Wh (600 Wh dispo en option) et Range Extender de 280 Wh
- Console et commande : Mastermind intégrée
- Modes d’assistance : 4 (Eco, Auto, Trail, Turbo) et assistance à la marche
- Réglages et connectivité : via l’application Specialized App
- Pneus Specialized Butcher Gravity 29×2.40 (AV) et Butcher Gravity 27,5×2.40 (AR)
- 5 tailles (S2, S3, S4, S5, S6)
- 4 modèles à 7 999, 9 999, 11 999 et 14 499 € (kit cadre S-Works à 7 499 euros)
- Prix du modèle testé : 9 999 €
- Poids vérifié : 24,36 kg (sans pédales, en taille S3)
- Lien : www.specialized.com
Le Levo précédent ayant fait plus que largement ses preuves, Specialized est reparti sur la même base en conservant un débattement similaire (160/150) ainsi que la taille des roues avec du 29 pouces à l’avant et du 27 et demi à l’arrière.
Sans grande surprise, c’est côté design que ça évolue. Le Turbo Levo 4 suivant la tendance initiée sur certains musculaires mais également avec le Levo SL 2, à savoir un châssis désormais symétrique, aux lignes plus simples et classiques. En gros, Specialized a décidé de passer du renfort Sidearm à une biellette monobloc plus balèze.

Côté géométrie, le Levo 4 s’inspire assez profondément de celle du Levo 3, déjà très polyvalente et ajustable. A quelques détails près, le Levo nouvelle génération reprend en effet les mensurations de son grand frère. Seuls le tube de selle, plus droit d’un degré, les bases plus courtes de 7 mm et la longueur des manivelles, désormais en 155 mm, évoluent – plutôt dans le bon sens –, ce qui est la moindre des choses !
Le Levo 4 propose toujours une géométrie facilement ajustable, avec désormais trois paramètres évolutifs : l’angle de direction (+/- 1°) via un jeu de deux coupelles fournies avec le vélo, la hauteur du boitier (+/- 6mm) grâce à un Flip Chip au niveau du pied d’amortisseur et enfin, un autre Flip Chip situé au niveau des bases permet d’ajuster la longueur des bases de +/- 9 mm.

On peut souligner également le fait que Specialized offre désormais au premier propriétaire la garantie et le remplacement sans frais et à vie des roulements. C’est toujours ça de pris !
Composants
Vu le tarif, on est forcément sur du haut de gamme, même si pour 9 999 euros, on aurait pu s’attendre à un poil mieux… Heureusement, la fourche Fox 38 Performance bénéficie de la cartouche GripX2 et le nouvel amortisseur Float X Genie – dont on dit le plus grand bien – est présent sur tous les modèles carbone de la gamme… Mais nous y reviendrons !
Outre les suspensions Fox Performance, du côté de la transmission on a du très correct, avec un dérailleur Sram Eagle GX AXS T-Type et sa manette Pod Controlers très ergonomique, alors que le freinage est lui confié à un ensemble Sram Maven Silver qui ne nous a jamais déçu. Quant à la tige de selle, c’est une PNW Loam de 170 mm de débattement en taille S3, très douce et qui semble en plus particulièrement robuste… Elle est équipée d’une selle Specialized Mimic, confortable, un peu dans l’esprit d’une WTB Silverado que l’on trouve sur les Santa Cruz et les Yeti et que j’aime bien.
Pour le poste de pilotage, avec une potence en 35 mm de long et un cintre de 35 mm de diamètre Specialized en aluminium, c’est du sérieux également, tout comme le train roulant, où l’on trouve des moyeux DT Swiss 370 avec des jantes Roval Traverse en alu, chaussées de pneus Specialized Butcher Grid Gravity T9 AV et AR. Un ensemble très costaud pour un programme all mountain/enduro light polyvalent.
On notera également que Spé a choisi de monter des disques classiques moins épais que les HS2 en 220 à l’avant et 200 à l’arrière… Pourquoi pas, même si j’avoue avoir une préférence pour le HS2 en 200 AV et AR qui a tendance à moins chauffer.






Suspensions
Côté suspensions, comme sur les modèles les plus haut de gamme, Specialized joue la carte Fox, et le Levo 4 est équipé d’une fourche 38 Performance avec cartouche GripX2 à l’avant (sauf le Comp Carbon et les modèles alu qui n’ont droit qu’à une 36…) tandis que la suspension arrière bénéficie désormais d’un amortisseur Fox Float X à la technologie GENIE. Développée et brevetée par Specialized, le concept s’appuie sur un amortisseur Fox à grand volume avec deux chambres d’air positives qui offre plus de confort, une meilleure gestion des impacts en début et milieu de course (un peu comme sur un amorto à ressort), mais également un grip optimal en montée très appréciable pour les VTTAE. Tout cela en apportant en plus une grande progressivité sur les 30 derniers pourcents. Le tout est personnalisable aisément via des réducteurs de volume pour chacune des chambres.





Pour un pilote de 70 kilos et après avoir bien cherché pour obtenir ce que je souhaitais en géométrie (angle de chasse avec coupelle droite, bases longues et Flip Chip en Low), voici les réglages que je préconise pour ce vélo…
Fourche Fox 38 Performance Elite GripX2 160 :
- 60 psi en pression d’air et une cale dans le plongeur gauche pour un Sag autour de 25 %.
- Compression basses vitesses : + 14 du plus fermé (sur 16 clics)
- Compression hautes vitesses : + 7 du plus fermé (sur 8 clics)
- Rebond basses vitesses : + 12 du plus fermé (sur 16 clics)
- Rebond hautes vitesses : + 7 du plus fermé (sur 8 clics)
Amortisseur Fox Float X Genie Performance Evol 150 :
- 155 psi de pression d’air pour un Sag de 30 %
- Compression basses vitesses : + 10 du plus fermé (sur 12 clics)
- Compression hautes vitesses : ouvert
- Rebond : + 5 du plus fermé (sur 12 clics)
Moteur et batterie
Grosse nouveauté de ce côté avec l’abandon du bloc Drive S Mag qui équipait les deux dernières générations de Levo… En effet, si Specialized poursuit sa collaboration avec le fournisseur allemand Brose, c’est sur la base d’un tout nouveau bloc moteur en 48 V, alors que la plupart des concurrents s’appuient, eux, sur du 36 V…

Saluons au passage, la volonté de la marque américaine de continuer à innover et à se démarquer avec ses propres solutions de motorisation (un choix probablement plus coûteux), là où la grande majorité de la concurrence se contente d’adapter les châssis de ses VTTAE à des systèmes commercialisés par des marques spécialisées.
En fait, Specialized, annonce avoir développé les composants internes mécaniques en partenariat avec Brose, tandis que du côté du software, la cartographie est désormais conçue en interne par des équipes de la marque réparties entre la Suisse et les USA.
Plus compacte de 20 % par rapport à la génération précédente pour un poids sensiblement identique (2,9 kg), cette nouvelle motorisation 3.1 se passe désormais de courroie. À l’intérieur, la nouvelle architecture du moteur est optimisée pour dissiper davantage la chaleur lors d’une utilisation extrême, mais aussi pour maximiser la performance et atténuer les vibrations et les résonances parasites. Le carter côté transmission est maintenant isolé physiquement des pignons d’entraînement. Ces mêmes pignons, en acier et deux fois plus gros, se parent d’un revêtement DLC pour une meilleure stabilité thermique.
Côté batterie, tout est nouveau également sur ce Levo 4 et Specialized a fait le choix d’équiper tous les modèles d’une volumineuse batterie amovible de 840 Wh, proposant ainsi la plus grosse capacité du marché. Un élément de 600 Wh, est cependant proposée à la vente au détail, tout comme un Range Extender de 280 Wh.




Et ce n’est pas tout, Specialized a décidé d’abandonner le démontage de la batterie par le bas (au niveau du moteur) au profit d’une trappe latérale très classique sur le côté du tube diagonal. Le démontage facile et pratique se fait en quelques secondes à l’aide d’une clé Allen, sans avoir à retourner le vélo.
La marque profite de l’occasion pour proposer un compartiment “boite à gants” SWAT, entre la douille de direction et la batterie, avec une housse de stockage aimantée qui vient se loger dans le cadre. Logiquement, la batterie optionnelle de 600 Wh permet de disposer d’un volume de rangement additionnel.

Enfin, pour parfaire le tout, Specialized a retravaillé de fond en comble ses consoles et commandes. Ainsi, le Levo 4 intègre un tout nouvel écran MasterMind TCU couleur de 2,2 pouces, beaucoup plus grand et lisible que celui du Gen 3. Il permet d’afficher l’ensemble de ses datas et statistiques, de la cadence à la puissance instantanée en passant par le dénivelé, la distance, etc… De même, le Levo 4 est désormais entièrement personnalisable au guidon, avec ou sans téléphone, grâce à une nouvelle commande de type joystick qui permet de naviguer dans les menus et paramètres, via des manipulations haut/bas/enfoncé, appui court ou long.



Connectivité
Avec l’application Specialized App, on a accès à un maximum d’infos et de fonctions, comme sa position, l’affichage de la console, la connexion facile avec Strava, Apple et Garmin et évidemment, le réglages de tous les paramètres. Le Levo 4 dispose désormais de quatre modes (Eco, Auto +, Trail, Turbo), entièrement personnalisables en termes de niveau d’assistance, de puissance max et de réponse à l’accélération. Dorénavant, il est possible également de régler la durée de l’Overrun (prolongation de l’assistance lorsqu’on arrête de pédaler) sur trois niveaux au choix. Une sorte d’Extended Boost version Specialized.
Le mode Micro Tune existant est désormais secondé d’un nouveau mode Dynamic Micro Tune qui permet de jouer du pourcentage d’assistance par palier de 10 %, tout en bénéficiant toujours des 100% de puissance. Tout cela via la console, sans avoir besoin de passer par le smartphone.
De plus, avec la fonction Apple Find My, on peut rechercher son vélo en cas de vol et bloquer la mise en route du moteur…

Sur le terrain
Comportement moteur
Sur les modèles de la génération précédente, le Brose/Specialized n’était pas le moteur le plus puissant, mais en revanche, son couple, sa douceur d’utilisation et son côté silencieux lui conférait une assistance agréable et facile à maîtriser. Malheureusement, sa tendance à réguler la puissance très (trop…) rapidement en cas de chauffe représentait pour certains un vrai problème lors d’une utilisation un peu sportive.
Mais sur le Specialized 3.1 du Gen 4, malgré un couple et une puissance en forte augmentation, la question ne se pose plus et après avoir roulé en montée sous la canicule régulièrement le mois dernier par des températures au-dessus de 35 degrés – y compris en mode Turbo pendant plusieurs minutes –, je peux vous affirmer que je n’ai observé aucune baisse de régime considérable. Cela valait donc la peine de le souligner en préambule !
Au niveau des performances, j’ai vraiment apprécié l’efficacité du mode Auto +, qui vous donne peu d’assistance quand ça roule bien et que c’est plutôt plat, mais qui apporte un vrai soutien entre le Trail et le Turbo dès que ça grimpe davantage. Avec 101 Nm de couple et 666 watts d’assistance maxi, ça envoie vraiment suffisamment pour se tirer de tous les pièges que l’on trouve dans le dénivelé positif technique. Et en Turbo, dans la mesure où l’on adopte la bonne cadence de pédalage (entre 80 et 90 tr/mn) et que l’on appuie comme il faut sur les pédales, il y a moyen de monter vite (entre 20 et 25 km/h) dans les portions difficiles, mais moins raides.

A ce titre, en termes d’assistance, on peut comparer le Turbo du Spé à l’eMTB+ du Bosch… En revanche, pour avoir essayé également le S-Works – qui, lui, possède 111 Nm de couple et 720 watts de puissance maxi en crête –, là, on est un poil au-dessus du Performance CX et sa dernière mise à jour. Et si l’on compare au DJI Avinox, évidemment, ce dernier est carrément supérieur à tous les niveaux. Et tout cela sans se montrer plus violent que le 3.1 du Levo ! Mais bon, une fois que l’on a trouvé la bonne cadence, disons que le moteur du Specialized reste particulièrement agréable et que, si l’on peut un peu moins se reposer dessus que sur un Bosch, il est largement aussi efficace (peut-être même un poil plus), à condition toutefois de se donner davantage physiquement… Bref, il y en a, mais il faut aller le chercher !
Autrement, seul petit bémol : quelques micro coupures sont venues m’embêter deux ou trois fois au cours de l’essai. Entre la baisse de régime et la coupure brève – mais nette – cela n’a pas duré plus de quelques minutes avant de repartir comme si de rien n’était, mais je n’ai pas compris d’où ça pouvait venir… Avant comme après, tout fonctionnait parfaitement et aucun message d’erreur ou de panne ne s’est affiché. Et comme je sais que ce petit problème est arrivé à d’autres également sur les derniers Levo, je ne pouvais pas ne rien dire.
Renseignement pris, Specialized nous a avoué avoir eu des soucis au niveau du socle de batterie… Un nouveau est désormais disponible pour régler définitivement le problème des coupures et l’intervention qui dure une petite heure est évidemment totalement prise en garantie… Dont acte.
Et enfin impossible de ne pas se poser la question… Pourquoi la version la plus puissante du moteur avec 111 Nm de couple et 720 watts maxi en crête n’est-elle pas disponible sur tous les modèles de la gamme carbone ? Sur les Alu, je veux bien, mais pour les autres, vu le tarif des vélos, ça serait quand même la moindre des choses !
Réglages
Avec sa nouvelle motorisation Specialized 3.1, le Turbo Levo 4 possède une puissance en crête et un couple nettement supérieurs qui nécessitent à mon avis un ajustement précis pour donner le maximum d’efficacité au bike en tout-terrain technique… Pour avoir une assistance optimale sans pour autant trop dans la batterie, voici les réglages que je préconise…
Eco : 50 % de puissance max et 50 % d’assistance
Trail : 75 % de puissance max et 75 % d’assistance
Turbo : 100 % de puissance max et 100 % d’assistance
Shuttle : off
Réponse à l’accélération : fast
Overrun (Prolongement de l’assistance) : max




Autonomie
Avec mes réglages de paramètres des différents mode et un Eco vitaminé comme j’aime – à savoir utilisable en tout-terrain dans les portions sans grande difficulté – j’ai été très agréablement surpris par l’autonomie de ce Levo 4.
Côté chiffres, avec la batterie généreuse de 840 Wh, on parle tout de même de près de 1 800 m de dénivelé positif, 58 km et pas loin de trois heures et demi de roulage. Vraiment de quoi faire dans la grande majorité des cas.
Attention tout de même, une bonne gestion de la cadence de pédalage aide grandement à atteindre ce résultat et il faut quelques sorties pour comprendre comment le moteur du Turbo Levo 4 réagit (et consomme) en fonction de la façon dont on appuie sur les pédales. Une fois les divers paramètres intégrés, on sait que l’on n’aura quasiment jamais à se soucier d’un manque d’autonomie. Et pour ceux qui roulent des quatre ou cinq heures, avec le Range Extender de 280 Wh, ils n’auront même pas besoin de recharger au cours de leur sortie “à rallonge” !

Je précise également que la batterie se décharge de manière régulière et que les 50 derniers pourcents descendent à la même cadence que les 50 premiers. Ce n’était pas toujours le cas il y a quelques années, mais aujourd’hui, c’est monnaie courante sur la plupart des VTTAE.
A la montée…
Comme d’habitude, avant de modifier quoi que ce soit, je suis parti avec les réglages de bases d’origine afin de voir ce que le vélo donnait sur le terrain. Et si, au départ, sur le plat, les montées faciles et les sentiers roulants, j’ai retrouvé les sensations propres au Turbo Levo que je connais bien, une fois que je me suis mis à attaquer les portions difficiles, cassantes et à l’adhérence (très) précaires, j’ai rapidement remarqué un comportement un peu volage et un léger manque de stabilité dans le raide…

Une fois convaincu qu’il ne s’agissait pas seulement d’un mauvais positionnement du pilote et d’un manque de rigueur de sa part, je me suis dit qu’il allait falloir modifier légèrement la géométrie. En commençant par rallonger les bases, qui, à 435 mm m’ont semblé bien courtes pour un VTTAE qui se doit d’être aussi bon en montée qu’en descente. J’ai donc bougé le Flip Chip pour rajouter 9 mm et passer à 444. J’y ai largement trouvé mon compte !
L’avantage, avec les options modulables multiples comme sur le Levo, c’est que si l’on ne parvient pas à se faire la meilleure géométrie possible, c’est juste qu’on a mal cherché. L’inconvénient, c’est qu’il est assez facile de se perdre et de choisir des réglages qui ne sont pas forcément les mieux adaptés…
En tout cas, une fois que je suis passé en bases longues (en l’occurrence relativement courtes tout de même), j’ai bénéficié d’un vélo plus stable, sans pour autant perdre beaucoup en nervosité et en vivacité. L’idéal pour un VTTAE, qui, comme je m’évertue à le répéter depuis des années, se doit en premier lieu d’être très bon en montée, sachant que vu le poids supplémentaire embarqué, en descente, la stabilité et le côté sécurisant seront toujours bien présents quoi qu’il arrive.
Et avec ces réglages de géométrie (angle de chasse à 64,5°, boîtier bas à 344 mm, avec les manivelles en 155, ça passe bien et bases longues), j’avoue que le Turbo Levo 4 est vraiment excellent quand ça grimpe. En effet, il a su conserver le côté “tracteur” du Gen 3, tout en gagnant en puissance et en nervosité. On a donc une réponse au pédalage quasiment parfaite, doublée d’une grande douceur dans la distribution de l’assistance qui apporte une motricité assez exceptionnelle. Bosch nous avait annoncé (avec justesse) des capteurs hyper efficaces au niveau de l’anti-patinage et de ce côté-là, croyez-moi, Specialized n’est pas en reste non plus !

Un vrai régal qui permet – y compris avec le moteur de base, moins performant que le S-Works –, de s’attaquer sans la moindre hésitation à des montées très techniques que l’on n’était vraiment pas sûr de réussir au guidon du modèle précédent. Un grand coup de chapeau à Specialized, donc, pour avoir réussi le tour de force de conserver le caractère accessible légendaire du Levo, tout en montant nettement les curseurs en termes de performances pures.


Même si c’est au prix d’un comportement légèrement plus exigeant qui demande par moment davantage d’énergie au pilote.
Mais une fois qu’on a compris comment ça marche, quel plaisir d’appuyer sur les pédales avec la sensation de disposer d’une assistance toujours présente dès que l’on en a besoin et ce, quelle que soit la cadence de pédalage. Merci les 101 Nm de couple et bravo pour la douceur avec laquelle arrive la puissance. En gros, on est proche du DJI, avec moins de soutien, bien sûr, ce qui explique en partie le côté un peu plus “demandeur” physiquement du Spé lorsque l’on décide d’attaquer dans le dénivelé positif costaud…
En descente…
Comme je l’avais légèrement ressenti dès la première prise de contact, le Turbo Levo 4 est un peu lourd de l’avant. Mais si, dans les montées, la puissance du moteur et le coup de pédale au bon moment permettent de compenser et de quasiment oublier ce détail, en descente, on sent qu’il faut légèrement forcer le geste pour tout ce qui est bunny-up, wheeling ou petit manual. Attention, rien de catastrophique non plus, mais si l’équilibre général reste bon, le poids de la grosse batterie de 840 Wh, lui, se fait davantage sentir.

Cependant malgré son poids de 24,2 kg, le Levo 4 reste un VTTAE maniable et suffisamment vif pour nous faire oublier qu’il est loin de figurer parmi les modèles les plus légers du marché… Mais comme on peut le remarquer assez souvent, le poids ne fait pas tout et un VTT à assistance électrique bien équilibré et doté d’une géométrie réussie peut avoir un ou deux kilos de plus sans que cela vienne gêner le pilote en action.
Et avec le nouveau Levo, c’est exactement ce qui se passe… On est au guidon d’un bike très agile, qui répond parfaitement au moindre coup de guidon et se place très facilement dans les virages en épingles que l’on trouve sur les sentiers naturels. Et dans les courbes plus rapides et les grands relevés, il sait aussi rester stable, donner confiance sur l’angle et ne pas bouger de la trajectoire qu’on lui impose (merci, entre autres, les Butcher Gravity T9 !). Car même si ce n’est pas un enduro à proprement parler, avec ses 160 mm de débattement à l’avant et 150 à l’arrière, il parvient souvent à se comporter comme tel.




Bref, c’est un all mountain qui aime l’attaque et qui encaisse très bien les pistes rapides et cassantes, bien aidé il est vrai par un amortisseur Genie carrément bluffant… Le travail effectué en collaboration avec Fox s’avère payant au-delà de mes espoirs les plus fous ! Je veux dire par là que, n’ayant jamais été un grand fan du Brain – un autre système développé également par le duo Specialized/Fox que l’on avait vu apparaître sur les VTT de XC dans les années 2000 et qui, selon moi, n’était jamais aussi efficace que quand il était sur Off –, j’avoue qu’au départ, j’ai eu un peu peur que les deux marques nous rejouent la même partition !

Mais que nenni, que nenni… Au contraire, dès que j’ai mis les roues sur de vrais sentiers techniques et bien défoncés, je me suis immédiatement rendu compte des qualités énormes de cet amortisseur à double chambre positive. Au tout début, en suivant les conseils de la marque pour les réglages de base, j’ai d’abord trouvé l’ensemble un peu raide en début de course. Mais ça, c’était sur la route, pour essayer vite fait et ça n’avait rien à voir avec du tout-terrain !
Car une fois dans la terre, les pierres et les racines, en montée comme en descente, le Genie mérite finalement bien son nom. Que ce soit sur les petits chocs, où la sensibilité se révèle finalement parfaite, au milieu du débattement, quand on a besoin d’un peu de maintien ou en fin de course avec son potentiel à résister au talonnage, l’amortisseur n’est jamais pris en défaut. Sans problème le meilleur amorto à air que j’ai essayé avec le RockShox Vivid, mais tout de même un cran au-dessus.
C’est bien simple, après avoir affiné légèrement les réglages de la fourche 38 avec sa cartouche GripX2, j’ai trouvé un accord parfait qui m’a donné entière satisfaction, aussi bien quand je décidais de lâcher un peu les freins sur une spéciale bien chaude, que dans les montées où je cherchais un maximum de traction et de sensibilité. Bravo !
Quant au freinage, avec des Maven Silver et un disque de 220 à l’avant, il y a largement de quoi faire, presque trop, même… Heureusement, les disques moins épais que les HS2 procurent un feeling légèrement plus doux qui m’a finalement bien plu.
Bref, on a entre les mains un VTTAE sain, qui donne confiance au pilote et lui permet de se lâcher comme il est possible de le faire au guidon d’un Santa Cruz Bullit, d’un Orbea Wild ou d’un Lapierre GLP3… Des bêtes de courses taillées pour l’enduro, qui, comme le Levo 4 pourtant plus polyvalent, aiment qu’on leur rentre un peu dans le lard !

Points forts / faibles
Principales qualités
- Motorisation en très net progrès
- Autonomie
- Géométrie vraiment modulable
- Motricité et aisance en montée
- Capacités en descente
- Suspension arrière/amortisseur Genie
- Rigidité
- Accès à la prise de charge plus pratique
Principaux défauts
- Tarifs à la hausse
- Un peu lourd de l’avant
- Moteur le plus performant uniquement sur le S-Works

Qu’en penser ?
Un peu méfiant au début à cause d’une histoire de batterie un peu grosse et d’un poids légèrement trop élevé sur le papier, j’avoue qu’une fois monté sur le nouveau Specialized Turbo Levo, j’ai rapidement dû revoir ma copie ! Ce VTTAE est carrément une réussite et que ce soit au niveau des idées, de la finition ou des performances, il vient reprendre dignement le flambeau de ses aînés pour porter bien haut les couleurs de la marque au S rouge… Un vélo vraiment agréable et plus on roule avec, plus on en est convaincu. Au point qu’il m’a souvent été difficile d’en descendre pour aller tester d’autres vélos, au demeurant pourtant forts sympathiques !
Bon, évidemment, comparé à un Bullit ou un Wild, ce n’est pas le plus joueur, mais l’efficacité est sacrément au rendez-vous ! Autrement, paradoxalement, le Turbo Levo 4 est un VTTAE facile, mais un poil exigeant… Je veux dire par là que pour en tirer le meilleur, en assistance comme en pilotage, il ne faut pas hésiter à lui rentrer dedans légèrement en adoptant la meilleure cadence de pédalage possible et en attaquant un minimum.
En gros, il est disposé à vous aider un maximum, à condition que vous vous bougiez un minimum ! Bref, il apprécie que son pilote le pousse dans ses retranchements et n’ait pas peur d’appuyer un minimum sur les pédales. Et là, si l’on fait ça, je peux vous assurer que c’est un vrai régal !
En tout cas, je donne un grand coup de chapeau à Specialized pour avoir réussi le tour de force de conserver le caractère accessible légendaire du Levo, tout en montant nettement les curseurs en termes de performances pures.
Depuis des années, les Gen 2 et 3 faisaient figure de référence… Avec le 4, le niveau est monté de plusieurs crans et il fallait bien ça, en 2025, pour conserver cette réputation de “mètre étalon” qui récompense la marque américaine de son travail et de sa grande exigence concernant le développement de ses VTT à assistance électrique. Bon évidemment, tout cela à un prix et la facture concernant les modèles carbone est tout de même un peu salée…
Mais justement, en ce qui concerne la suite – car il y en aura une – rendez-vous dans quelques semaines pour l’essai complet d’un Levo Comp Alu plus abordable financièrement… Restez branchés !
Vis-à-vis de la concurrence
Parmi les modèles que j’ai eu l’occasion de tester récemment et qui, avec 150/160 de débattement, jouent dans la même catégorie que le Levo 4, j’en vois trois qui sortent du lot… Deux en Bosch et un avec le DJI Avinox. Il faut bien ça comme motorisations pour rivaliser avec le Specialized !
Le Santa Cruz Vala C GX AXS à 9 799 euros représente déjà une valeur sûre dans la catégorie des VTTAE all mountain. En plus, comme le Levo 4, il propose une large gamme avec un bel éventail de prix.
Ensuite, on a le Norco Sight VLT CX 2 à 9 499 euros, qui m’a séduit par son poids très contenu avec pourtant une batterie Bosch de 800 Wh et par ses qualités de grimpeur et de descendeur.
Enfin, le Forbidden Druid CORe 2 à 10 199 euros a pour lui l’avantage d’être équipé du moteur DJI, pour l’instant au-dessus de la concurrence en termes de performances. Et comme le châssis est excellent aussi, ça en fait peut-être le concurrent numéro un du Specialized Turb Levo 4…
La gamme Specialized Levo 4 Carbon
Elle se compose de trois modèles équipés du moteur de base (Comp, Expert, Pro) et du fameux S-Works qui dispose, lui, de la version la plus performante du Specialized 1.3… A noter que le S-Works existe aussi en kit cadre à 7 499 euros.




