Avec le Rossignol After Hours, la marque française prolonge la nouvelle dynamique initiée par le Heretic, cette fois sur le terrain du VTTAE. Un cadre aluminium de 160/150 mm, une motorisation Bosch CX, un montage mullet et une promesse simple : enlever les mauvaises excuses pour rouler plus souvent. Essayé sur les traces connues et reconnues de Crozet, le nouveau venu surprend surtout par son équilibre, sa maniabilité et sa capacité à accompagner le rythme sans jamais devenir intimidant. Vonyons ça plus en détail…

Après le Heretic, l’heure de confirmer
Il y a des lancements qui ressemblent à l’arrivée d’un vélo de plus dans une gamme. Et puis il y a ceux qui racontent un mouvement plus large. Le Rossignol After Hours appartient clairement à la seconde catégorie. Depuis le Heretic dévoilé l’an passé, la Bike Division de Rossignol semble avoir enclenché quelque chose de nettement plus ambitieux : une nouvelle génération de vélos, pensée avec davantage de temps, de moyens et de convictions derrière chaque choix. Le Heretic, je l’avais alors présenté comme un vélo qui faisait passer Rossignol dans une autre dimension. Depuis, il s’est installé dans ma short-list des meilleurs vélos du moment. Alors forcément, voir arriver cet After Hours dans son sillage pique la curiosité : pas seulement pour savoir s’il est bon, mais surtout pour comprendre en quoi il prolonge — ou déplace — cette nouvelle trajectoire.
Derrière, le projet s’inscrit dans une logique plus large que le seul marché français. Rossignol regarde désormais vers ses territoires clés que sont l’Europe et les États-Unis, avec un Canada que la marque travaille depuis maintenant deux ans. L’idée n’est pas simplement d’y proposer un catalogue de plus, mais de construire une offre cohérente, capable de parler à des riders aux pratiques, aux terrains et aux rythmes de vie différents. Et c’est précisément là que le nom prend tout son sens : After Hours, comme le croisement entre after work et happy hour. Un vélo imaginé pour couper court aux mauvaises excuses — le manque de temps, la fatigue, l’absence d’inspiration ou de motivation — et rappeler qu’une sortie, même courte, peut encore être la meilleure partie de la journée. Sur le papier, le programme est séduisant. D’autant qu’il est le fruit du travail de cette bellle équipe de francs-tireurs de la Bike Division chez Rossignol, qui semble aujourd’hui avoir les mains sur le guidon d’une vraie nouvelle ère au sein de la boite basée à St Jean de Moirans…

Un cahier des charges avant la fiche technique
Avant même de regarder le débattement ou la puissance annoncée, le Rossignol After Hours se lit à travers le cahier des charges posé par Rossignol. L’idée est de concevoir un VTT électrique capable de faire sauter les verrous qui empêchent parfois de rouler : manque de temps, fatigue, appréhension d’un terrain inconnu… D’où un vélo voulu intuitif, pour être immédiatement facile à prendre en main ; équilibré, dans le rapport entre géométrie, cinématique et assistance ; fiable, parce que Rossignol connaît les contraintes très concrètes de la location ; et accessible, grâce au choix de l’aluminium plutôt qu’à une course au gramme ou au prestige. Il doit aussi garder une dose de jeu. Le montage mulletet le flip-chip — qui ajuste la position sans perturber la suspension — sont là pour ça : permettre à chacun de tune your fun.
Pour répondre à cette feuille de route, Rossignol passe depuis quelque temps maintenant, à une conception menée en interne, portée par sa Rider Operated Division. Esteban Deronzier, ancien pilote de Coupe du Monde devenu chef de produit, est responsable de cette direction, avec le studio grenoblois Kairn en support. Le niveau de développement suit : plusieurs cycles de simulation numérique optimisent tubes et pièces forgées avant fabrication ; le choix d’un fabricant aux capacités réputées et reconnues vient concrétiser les choses et les objectifs. Puis le cadre est validé selon un protocole EN17404 plus sévère que la norme habituelle (EN 15194), avec des contraintes de pédalage majorées de 20 % et des tests d’impact poussés jusqu’à 80 % plus loin. Le mot bulletproof est souvent galvaudé ; ici, Rossignol cherche au moins à lui donner une méthode.

Une silhouette qui ne s’excuse pas d’être électrique
À première vue, le After Hours ne cherche pas à faire oublier qu’il est électrique. Mais il ne donne pas non plus l’impression d’avoir simplement reçu une batterie et un moteur dans un cadre existant. Sa silhouette reste fluide, tendue et particulièrement cohérente, avec cette façon assez nouvelle chez Rossignol de laisser les formes suivre les contraintes plutôt que de les masquer. Le résultat est un cadre aux lignes organiques, où chaque tube semble aller quelque part, sans cassure gratuite ni surcharge visuelle.

On retrouve bien les codes inaugurés avec le Heretic, notamment cette finesse verticale du tube supérieur qui allège immédiatement la ligne générale. Mais le After Hours a sa propre présence : plus compacte, plus dense, avec un triangle avant qui assume son volume tout en restant propre à l’œil. Le tube diagonal se courbe et se creuse vers le moteur, ce qui permet de conserver une silhouette basse et ramassée, plutôt que de tirer le vélo vers le haut comme le font encore certains e-bikes.

Le regard finit aussi par se poser sur le tube de selle, où Rossignol place un graphisme spécifique, plus affirmé que décoratif. C’est un détail, mais il donne au After Hours son propre point d’accroche visuel et évite qu’il ne soit perçu comme un simple cousin électrifié du Heretic. À ce stade, c’est sans doute ce qui ressort le plus : Rossignol ne se contente pas de reproduire une recette récente. La marque commence à installer une vraie signature…

Sous la ligne, le programme
L’allure pose le décor ; reste à comprendre ce que Rossignol met derrière. Car un vélo peut être bien dessiné sans forcément être bien pensé. Pour lire le After Hours au-delà de sa silhouette, il faut donc s’arrêter sur plusieurs points qui racontent vraiment son caractère : sa cinématique, sa géométrie, son asisstance, puis ces détails de conception et de finition qui font souvent la différence à l’usage.
Une suspension réglée pour rouler, pas pour y penser
Pour le After Hours, Rossignol s’appuie sur une architecture 4-bar linkage de type Horst Link. Une solution éprouvée, qui a le mérite d’offrir beaucoup de latitude dans la mise au point sans venir compliquer inutilement l’ensemble. Ici, la logique semble claire : obtenir une suspension capable de rester lisible et cohérente dans toutes les situations, plutôt que de chercher un caractère spectaculaire sur un point précis de la courbe.

Le ratio s’inspire directement de ce que Rossignol met déjà en œuvre sur le Heretic, mais il s’adapte aux contraintes propres à un VTTAE : plus de masse, plus d’inertie, et des vitesses parfois plus élevées là où le terrain se dégrade. Il démarre autour de 3,0 pour favoriser la sensibilité en début de course, puis descend progressivement jusqu’à environ 2,0 en fin de débattement. L’idée est assez facile à lire : du confort et du grip quand le vélo commence à travailler, puis suffisamment de soutien pour ne pas venir taper au fond dès que le rythme s’élève. Sur le papier, cela ressemble à une cinématique pensée dans une logique “set-and-forget” : on règle correctement le SAG, on pose ses repères, et le vélo doit faire sa part sans demander d’y revenir à chaque sortie.



Le reste confirme cette recherche d’équilibre. L’anti-squat se situe entre 100 et 120 % sur la plage utile de la cassette, entre 25 et 45 % de SAG, afin de conserver un vélo qui avance proprement quand il faut remettre quelques coups de pédale. Puis il chute au-delà, pour laisser la suspension devenir plus libre et plus active lorsque les gros chocs prennent le relais. Même philosophie au freinage, avec un anti-rise stabilisé autour de 55 % : assez de maintien pour éviter que le vélo ne bascule trop vers l’avant, sans verrouiller l’arrière ni couper le grip. Enfin, chaque montage reçoit un tune d’amortisseur spécifique. Et c’est un point sur lequel Rossignol a déjà montré de bonnes choses par le passé : sur les générations précédentes, la mise au point des suspensions faisait clairement partie des forces de la marque. Ici, cela donne autant de raisons d’être confiant que d’être exigeant.
Deux visages, un même terrain de jeu
Côté géométrie, le parti pris de base est déjà clair : 29 pouces devant, 27,5 pouces derrière, pour garder du roulage et de la sécurité à l’avant, tout en conservant l’arrière plus joueur et plus facile à placer. L’angle de direction de 65° reste dans une zone très équilibrée pour un VTTAE appelé à monter autant qu’à descendre, tandis que l’angle de selle effectif de 77,2° place le pilote dans une posture moderne, suffisamment redressée pour ne pas subir les longues ascensions.

Mais l’intérêt se joue surtout dans le flip-chip placé sur le triangle arrière, à l’articulation entre bases et haubans. Il permet de faire évoluer le comportement du vélo sans modifier la cinématique, ce qui est déjà une bonne nouvelle : on ajuste l’assiette et la géométrie sans venir brouiller le travail de la suspension si ce n’est pas nécessaire. En position Flow, le After Hours se montre plus haut et plus court : bases de 440 mm, boîtier à -13 mm, direction à 65,3°. C’est le réglage le plus maniable, celui qui doit faciliter les changements d’angle, les relances et les prises en main rapides — ce qui explique aussi qu’il soit privilégié dans un contexte de location.
En position Attack, les bases s’allongent à 445 mm, le boîtier descend à -17,3 mm et la direction s’ouvre à 65°. Le vélo prend alors un peu plus d’assise, de stabilité et de calme quand la vitesse monte. Ce n’est pas un écart énorme sur le papier, mais ce sont précisément ces quelques millimètres et dixièmes de degré qui peuvent faire passer un vélo d’un registre très polyvalent à un comportement plus posé lorsque le terrain s’accélère. Enfin, Rossignol décline le cadre en 4 tailles, du S au XL, avec des tiges de selle télescopiques de 150, 170, 200 & 230 mm selon les tailles.
Bosch, le choix de la raison

Pour motoriser le After Hours, Rossignol retient le Bosch Performance Line CX. Un choix qui ne tient pas seulement aux chiffres : avec la mise à jour Performance Upgrade 2.0, le système peut délivrer jusqu’à 120 Nm de couple et 600 % d’assistance, mais il offre surtout une réponse ajustable via l’application eBike Flow. Niveau d’aide, dynamique, couple et puissance maximale se règlent selon le terrain, le pilote ou l’envie du jour. C’est cohérent avec l’idée d’un vélo qui doit rester facile à vivre, plutôt que de simplement afficher une fiche technique musclée.
Même logique pour l’autonomie. Le After Hours propose une batterie 600 Wh de 3,0 kg, bien adaptée aux flottes et aux usages répétés, ou une 800 Wh de 3,9 kg pour voir plus loin. Dans les deux cas, le capot est commun, ce sont les supports utilisés qui diffèrent pour ne former au final qu’une seule pièce, à l’ajustement propre et précis vis-à-vis de l’ouverture du tube oblique. Surtout, le PowerMore 250 Wh reste compatible avec toutes les tailles, Small compris. Enfin, l’écran Kiox 400C s’intègre à fleur de tube supérieur, tandis que l’écosystème Bosch apporte connectivité, verrouillage numérique et un SAV mondial particulièrement structuré. Pour une marque qui connaît les exigences de la location, c’est un choix de raison autant que de performance.
La finition comme preuve d’intention
C’est souvent dans les détails que l’on voit si un vélo a été pensé pour durer, ou simplement pour bien sortir en photo. Sur ce point, le After Hours aligne une série de choix assez cohérents avec le reste du programme. Les pivots, sollicités, reçoivent des doubles roulements surdimensionnés, tandis que les axes et roulements sont communs avec le Heretic. Ce n’est pas le détail le plus visible, mais c’est le genre de standardisation qui compte vraiment lorsqu’il faut entretenir un vélo, remplacer une pièce ou le faire rouler longtemps sans transformer chaque intervention en chasse au trésor.

Côté montage, Rossignol a le bon goût de faire dans le fialbe et l’éprouvé, sans chercher à faire dans le trop clinquant. Toute la gamme repose sur des fourches à plongeurs de 38 mm, associées à des freins dimensionnés en conséquence : SRAM Maven ou DB8, avec des disques de 220 mm à l’avant et 200 mm à l’arrière. Même logique pour le train roulant, avec des jantes typées enduro – DT Swiss Hybrid, Race Face ARC notamment – et des pneus à carcasse renforcée — Continental Kryptotal Enduro sur le plus haut de gamme, entre autres. L’idée est claire : le After Hours doit pouvoir être emmené sur le terrain, pas seulement y faire quelques apparitions prudentes, sans pour autant faire exploser la note à la sortie du magasin.

Enfin, le cadre reçoit un kit de protections complet conçu à partir de matériaux recyclés. Là encore, ce n’est pas ce qui fera choisir le vélo à lui seul. Mais entre les périphériques retenus pour encaisser, les pièces d’usure rationalisées et les zones exposées déjà protégées, Rossignol compose un ensemble qui paraît regarder plus loin que les premiers tours de roue. Sur un vélo électrique pensé pour multiplier les sorties, c’est en tout cas ce que l’on est en droit d’attendre…
La gamme
La gamme After Hours se décline en trois versions, toutes bâties autour du même cadre aluminium, du moteur Bosch CX et du format mullet : After Hours Deore 12 à 5 300 €, After Hours Eagle 90 à 6 500 € et After Hours T-Type à 7 600 €. Au sommet, le modèle T-Type cumule transmission AXS, suspensions Fox Factory et roues DT Swiss H1900, pour un poids annoncé de 25,2 kg.
À l’autre bout, le Deore 12 fait l’impasse sur le Kiox intégré et adopte une batterie de 600 Wh plutôt que 800 Wh. Une manière de contenir le tarif comme la masse, puisqu’il affiche lui aussi 25 kg sur la balance. Sur le papier, Rossignol ne cherche donc pas à créer trois vélos radicalement différents, mais trois niveaux d’équipement autour d’un même programme : un châssis sérieux, des composants cohérents et un accès progressif au After Hours.










Premières impressions
Fin avril, direction Crozet, sur les hauteurs de Genève et du Léman, au pied des contreforts du Jura. Surtout, direction les traces de l’Enduro du Ghetto : ce genre de terrain où la terre sèche lutte pour garder sa place sur la roche blanche, et où chaque freinage un peu tardif finit par rappeler que l’adhérence n’est jamais acquise. Le télécabine du Fierney est fermé, mais peu importe : la route du col et les pistes de débardage suffisent largement à remonter avec l’assistance. Pour enchaîner les rotations, on reste sur la partie basse ; Pôle est fermée, mais Tralala, Vino Rosso, Dijo et Paco offrent déjà un terrain de jeu plus que sérieux. Au compteur, 3 300 mètres de négatif cumulés en vingt-quatre heures à peine : il n’est pas question de se cantonner au parking…
La Bike Division de Rossignol est passée filer un coup de main sur les trails avant de nous y inviter. Autant dire qu’elle a autant envie que moi d’en profiter. Et je peux vous dire qu’entre deux rotations, il s’agit d’une belle équipe de francs-tireurs : ça chambre, ça rigole, ça se motive, et ça ne manque pas d’inspiration — l’ambiance aiderait presque à oublier qu’on est là pour travailler. Pour ce qui peut se raconter, on finit assez naturellement par se mettre en chasse du KOM VTTAE sur Vino Rosso, avec un certain succès. Ça veut au moins dire que les conditions sont bonnes. Reste à voir ce que ça implique à propos du Rossignol After Hours.

25 kg qui ne se comportent pas comme tels
Entendons-nous bien : le After Hours est un vélo électrique de 25 kg, avec ce que cela implique en termes d’inertie, de relance hors assistance et de présence à la maneouvre. Il ne cherche pas à se faire passer pour autre chose. Faut-il pour autant passer son chemin à la simple lecture de sa fiche produit ?! Non… Parce qu’il a cette qualité plus rare de ne pas constamment vous le rappeler. Dès les premiers mètres, c’est son équilibre général qui frappe. Il se lève facilement pour un petit bunny, se décale sans effort pour corriger une trajectoire, accepte volontiers qu’on le fasse sauter là où le terrain s’y prête. Même dans les compressions les plus modestes, il réagit suffisamment bien au pump pour tenter de générer de la vitesse. Pour un e-bike, dont on connaît les limites dès que l’on s’écarte de l’assistance, ce n’est pas rien.

Et puis il y a cette manière de se placer sur l’angle, puis de repartir de l’autre côté sans donner le sentiment de devoir déplacer une masse inerte. Sur les enchaînements de Crozet, le After Hours se montre étonnamment facile à inscrire, à faire virer de bord, à relancer entre deux relevés. On le sent particulièrement sur Vino Rosso, cette piste bleue rythmée, pleine de virages relevés et d’enchaînements où il faut conserver de la vitesse sans jamais pouvoir se reposer sur la pente. C’est là d’ailleurs, que ça finit en chasse au KOM VTTAE. Et si le chrono raconte surtout qu’on s’est bien amusés, il confirme aussi une chose : quand il faut garder du rythme, replacer le vélo et enchaîner sans casser l’élan, le After Hours se trouve franchement à son avantage.






Une fois posé sur sa ligne, il révèle une autre facette, plus typique du format mais tout aussi convaincante : le grip au sol. Ça tient, et ça tient avec un châssis qui ne donne jamais l’impression de se tordre ou de flotter quand on commence à pousser fort sur les appuis. On peut charger l’avant, s’appuyer sur le vélo pour générer de la vitesse, changer de cap dans le cassant et garder le sentiment qu’il reste solide sous les pieds. Le tout s’accompagne d’une stabilité d’assiette particulièrement nette. On pourrait croire que les suspensions sont très freinées hydrauliquement pour contenir la masse. Pourtant, les réglages retenus restent volontairement assez ouverts. La sensation vient donc davantage de la façon dont la courbe de ratio accompagne chaque phase de débattement : du soutien quand on pousse, sans venir durcir inutilement par ailleurs, qui plus est si on a la bonne idée d’alléger ce qu’il faut là où ça brasse le plus…



Enfin, le After Hours se tient bien à la pédale, sans pour autant buter lorsqu’il faut traverser une compression ou un trou marqué. L’effet de chaîne semble suffisamment bien calibré pour conserver de l’appui, sans rigidifier l’arrière au mauvais moment. Et cet équilibre général aide aussi à exploiter la motricité : dans les passages les plus raides, quelques mouvements de bassin suffisent souvent à replacer la roue arrière, charger là où il faut et retrouver du grip. Ce n’est pas un vélo électrique qui s’oublie. C’est peut-être mieux que ça : un vélo électrique qui donne envie de s’en servir comme d’un vélo electrique, sans mettre en exergue ses travers…
Ce que l’on retrouve du Heretic ?
En roulant, il y a un trait de caractère que le After Hours partage clairement avec le Heretic : cette stabilité d’assiette, ce maintien de la plateforme et cette capacité à rester posé sans devenir figé. On retrouve la même sensation d’un travail bien réparti entre la cinématique et l’hydraulique : suffisamment de soutien pour ne pas s’écraser dans les appuis, mais assez de liberté pour laisser les roues lire le terrain. C’était déjà l’une des vraies qualités du Heretic ; sur le After Hours, elle semble trouver une traduction particulièrement logique au regard de la masse supplémentaire à gérer.
Là où les deux vélos se séparent un peu, c’est dans le réglage qui paraît le plus pertinent. Sur le Heretic, je préfère clairement la configuration bases longues, qui donne davantage de bras de levier à la suspension et aide le vélo à mieux s’animer dans le terrain. Sur un vélo musculaire, c’est un paramètre qui compte beaucoup : il faut réussir à faire vivre l’arrière sans perdre le support et l’équilibre général. Le poids d’un e-bike rebattant largement les cartes, le After Hours se montre à son avantage avec les bases courtes. La masse du vélo suffit déjà à faire travailler la suspension ; inutile, dès lors, d’aller chercher davantage de stabilité au prix de la maniabilité. En position courte, il gagne au contraire cette marge de manœuvre bienvenue : il demande moins d’anticipation à l’entrée des sections, réagit mieux aux corrections et se laisse plus facilement faire bouger pour profiter d’un relief, d’une compression ou d’un appui. Une manière de grossir le trait qui participe à la bonne impression, de toute façon…
600 ou 800 Wh : est-ce que le poids change la donne ?!
Sur le papier, l’écart mérite d’être regardé : entre les deux batteries, il y a presque un kilo de différence. Pourtant, dans les faits, ce kilo ne transforme pas le caractère du After Hours. Les deux batteries occupent la même longueur dans le tube diagonal ; ce sont surtout leurs sections qui évoluent. Le surpoids reste donc réparti sur une grande partie du cadre, ce qui limite fortement son influence sur le centre de gravité. Sur le terrain, on retrouve à peu près le même type d’écart qu’entre les positions bases courtes et bases longues : une différence perceptible, mais contenue, qui se joue davantage à la marge qu’elle ne redessine le vélo.
Avec la 600 Wh, le After Hours conserve bien sûr son équilibre, sa facilité à se lever, à changer de bord et à se placer dans les enchaînements. Rien ne vient casser cette belle maniabilité. La nuance apparaît surtout une fois qu’on charge le train avant : au freinage et en courbe, la version 800 Wh garde un peu plus de présence et de grip, là où la 600 se montre très légèrement plus légère au toucher, mais aussi un peu moins ancrée. C’est fin, mais suffisamment net pour être relevé quand on alterne les deux dans les mêmes conditions.
Du coup, l’idée selon laquelle la 600 Wh serait automatiquement le bon choix pour “alléger” le vélo ne se vérifie pas vraiment ici. Le After Hours reste intéressant et vivant avec la grosse batterie, malgré ses 25 kg. Hors considération budgétaire, je vois donc peu de raisons de se priver des 800 Wh : on garde le même tempérament général, on gagne un soupçon de sérénité dans les appuis, et surtout on passe beaucoup moins de temps à surveiller les pourcentages de batterie.

En guise de conclusion…
Le Rossignol After Hours tient plutôt bien sa promesse. Il reste accessible par son tarif, au regard de ce qu’il embarque, mais surtout par le bagage technique qu’il demande pour être bien exploité. On monte dessus, on comprend vite comment le placer, comment le faire tourner et comment profiter de son grip. Avec ses 25 kg qui se font étonnamment discrets en dynamique, ses feux sont clairement au vert pour conseiller ce vélo à quelqu’un qui veut se mettre sérieusement au VTTAE, sans pour autant acheter un vélo qui le limitera une fois le rythme installé, ou qui, au contraire, devra se faire chacuter les premiers temps, avant de développer son bagage technique.
Car son autre qualité est là : il accompagne la progression sans jamais donner l’impression de changer brusquement de registre. À l’image de sa courbe de ratio, le comportement reste continu, propre et bien calibré. Plus on augmente le rythme, plus il offre d’appui, de maintien et de confiance, sans moment où il se mettrait soudainement à demander davantage de technique, de précision ou de réglages. Il ne cherche pas à impressionner par un trait de caractère excessif ; il fait mieux, il reste disponible dans toutes les situations.
Et ce constat vaut aussi pour l’équipement. Même au sommet de la gamme, Rossignol garde certaines dépenses sous contrôle : disques Centerline plutôt que HS2, roues DT 1900 plutôt que 1700, cartouche Grip X plutôt que Grip X2… Sur le papier, on peut toujours imaginer aller plus loin. Mais sur le terrain, je n’ai pas ressenti le besoin de prestations supplémentaires pour compléter le tableau, alors que l’allure, elle, s’est franchement montrée élevée par moment. C’est peut-être l’un des signes les plus rassurants : le After Hours ne semble pas demander à être corrigé pour révéler son potentiel. Il paraît simplement sain, cohérent et bien né. Alors, pourquoi pas ?!



